Bureau et ordinateur, illustration de l’adoption de l’IA dans les entreprises françaises

Verdict. L’IA est entrée dans une part mesurable des entreprises françaises, mais pas de façon homogène. Les données Eurostat publiées pour l’exercice 2025 placent la France légèrement sous la moyenne de l’UE pour l’usage d’au moins une technologie d’IA dans les entreprises de dix salariés ou plus. Le contraste le plus utile n’est pas international : il sépare les petites structures des grands groupes.

Le chiffre à retenir : 18,16 % des entreprises françaises de dix personnes ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’IA en 2025, contre 19,95 % dans l’Union européenne à 27. Chez les entreprises françaises de 250 salariés ou plus, la part atteint 58,01 %; elle est de 15,04 % chez celles de 10 à 49 salariés. Ces résultats sont des déclarations d’entreprises, pas une mesure de la qualité ni de l’intensité des usages.

Trois points clés

  • La France se situe à 1,79 point sous la moyenne UE sur cet indicateur précis.
  • L’écart entre petites et grandes entreprises françaises atteint 42,97 points.
  • Le questionnaire couvre au moins une technologie d’IA ; il ne permet pas d’affirmer qu’un outil est déployé à grande échelle ou qu’il produit un gain de productivité.

Le fossé de taille apparaît dans les déclarations 2025

Eurostat interroge les entreprises de dix personnes ou plus, hors certains secteurs, sur leurs technologies numériques. Pour l’indicateur « au moins une technologie d’IA », les réponses françaises dessinent une pente nette. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs brutes publiées, sans moyenne ni projection.

Périmètre, 2025 Part d’entreprises utilisant au moins une IA Lecture
France, 10 salariés ou plus 18,16 % Référence nationale
UE-27, 10 salariés ou plus 19,95 % +1,79 point par rapport à la France
France, 10–49 salariés 15,04 % Petites entreprises du champ
France, 50–249 salariés 30,81 % Palier intermédiaire
France, 250 salariés ou plus 58,01 % Grandes entreprises
Calcul de lecture : données Eurostat, enquête TIC dans les entreprises, année 2025. Les pourcentages ne sont pas des parts d’employés.

Ce que ce chiffre mesure — et ce qu’il ne mesure pas

Le libellé d’Eurostat est volontairement large. Il additionne les entreprises qui utilisent au moins une des technologies couvertes par l’enquête : analyse de texte, reconnaissance vocale, génération de langage ou de code, reconnaissance d’images, apprentissage automatique, automatisation de flux ou aide à la décision, et certaines applications robotiques. Une entreprise qui emploie un assistant de rédaction et une autre qui exploite un modèle de vision dans une chaîne de production peuvent donc toutes deux compter dans le même indicateur.

Cette largeur est utile pour suivre l’adoption, mais elle interdit trois raccourcis. Premièrement, 18,16 % ne signifie pas que 18,16 % des salariés utilisent l’IA. Deuxièmement, cela ne mesure ni dépenses, ni nombre de licences, ni fréquence d’usage. Enfin, la série ne distingue pas un test ponctuel d’un déploiement connecté aux processus métier. La fiche méthodologique Eurostat détaille le champ sectoriel et les règles de collecte ; c’est elle qu’il faut consulter avant de comparer ce chiffre à une enquête de marché.

Pourquoi l’écart de taille compte davantage que le rang européen

Une grande entreprise peut répartir le coût d’intégration — données, sécurité, achats, formation et contrôle juridique — sur davantage d’équipes. Elle dispose aussi plus souvent d’un service informatique capable de relier un outil à ses systèmes. Ce sont des explications plausibles, pas une causalité démontrée par ce tableau. L’enquête ne demande pas pourquoi une entreprise adopte ou renonce.

Pour une structure de 10 à 49 salariés, le résultat donne surtout une règle pratique : acheter un abonnement de chatbot ne suffit pas à rejoindre la catégorie des usages qui transforment un processus. Il faut choisir une tâche répétable, fixer les données autorisées, documenter une vérification humaine et mesurer un résultat simple — temps de traitement, erreurs ou délai. Sans cette étape, le taux national ne dit rien sur le retour réel de l’outil.

Un écart européen à lire avec prudence

La France n’est pas très loin de l’agrégat UE-27 sur la même définition : 1,79 point. Cette proximité ne permet pas de conclure à une performance équivalente dans tous les secteurs. Les structures économiques nationales, la distribution des tailles d’entreprise et les usages déclarés peuvent varier. À titre de repère, le Danemark atteint 42,03 % pour les entreprises de dix salariés ou plus dans la même extraction, tandis que l’Allemagne est à 25,97 %. Ce sont des taux comparables dans le dispositif Eurostat, pas un classement de maturité technologique.

La Commission européenne suit parallèlement l’objectif de la Décennie numérique : 75 % des entreprises de l’UE utilisant le cloud, le big data ou l’IA d’ici 2030. Cet objectif agrège trois technologies ; il ne faut donc pas le confronter directement au taux Eurostat consacré à l’IA seule. Le rapport pays France reste néanmoins utile pour replacer l’indicateur dans les politiques numériques et les compétences.

Conséquences concrètes pour dirigeants et équipes

  • Pour les PME : comparer les cas d’usage, pas le pourcentage national. Commencer par un flux avec un propriétaire, des données non sensibles ou maîtrisées et une mesure avant/après.
  • Pour les grandes organisations : le taux élevé n’est pas une preuve de gouvernance. Cartographier les outils, les données envoyées et les validations reste nécessaire.
  • Pour les acheteurs : demander si l’usage entre dans la définition Eurostat ne remplace pas une évaluation sécurité, confidentialité et intégration.
  • Pour les observateurs : attendre la prochaine vague avant d’inférer une accélération annuelle : une valeur 2025 décrit une année d’enquête, pas une trajectoire automatique.

Questions fréquentes

Quel est le taux d’utilisation de l’IA dans les entreprises françaises ?

Selon Eurostat, 18,16 % des entreprises françaises de dix salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d’IA en 2025. Le périmètre et la définition sont essentiels pour interpréter ce taux.

Les TPE sont-elles incluses ?

Non. La statistique citée porte sur les entreprises employant au moins dix personnes. Elle ne décrit donc pas l’ensemble des microentreprises.

Ce taux mesure-t-il l’usage de ChatGPT ?

Non. Il couvre plusieurs technologies d’IA et ne donne pas un taux par produit, fournisseur ou modèle.

La France est-elle derrière l’Union européenne ?

Sur cet indicateur 2025, la France est sous la moyenne UE-27 : 18,16 % contre 19,95 %. L’écart est descriptif et ne prouve pas, à lui seul, une différence de productivité ou de compétitivité.

Sources utiles


Vincent Vandegans analyse les outils, usages et données de l’intelligence artificielle pour Minderlist.

Rédigé par

vincent vandegans

Vincent est ingénieur , spécialisé en IA, il conseille les entreprises sur leur stratégie IA tant d'un côté technique qu'humain.